Daisy au Grand Rex
Et si la véritable intimité n’avait finalement pas grand-chose à voir avec la sexualité ?
Tous les jours, j’entends des femmes et des couples me parlaient de leur sexualité…Quand je creuse, ce n’est pas réellement le manque de sexualité qui les fait souffrir, c’est le manque d’intimité.
L’intimité commence par
Un regard.
Quelques mots.
Un message.
Une photo.
Une rencontre.
Et parfois, en quelques minutes à peine, nous voilà projetés dans quelque chose qui ressemble à de l’intime.
table des matières :
Daisy : une masterclass d’intimité
Daisy, c’est à la fois un documentaire, une fiction et une comédie musicale.
Et rien que cette phrase devrait déjà vous intriguer.
Parce que Marie Benoliel mélange les genres comme elle semble mélanger les frontières : entre le réel et la fiction, entre le spectacle et le cinéma, entre l’intime et le collectif.
Et surtout entre sa famille et nous.
Pendant le spectacle, nous découvrons des photographies de famille, des vidéos, des messages vocaux.
Nous entrons progressivement dans la relation d’une petite-fille avec sa grand-mère.
Et derrière cette relation, il y a une histoire plus vaste : celle de l’exil, des origines, des secrets de famille, des tabous, des silences et de tout ce que l’on transmet parfois sans même savoir que nous le transmettons.
La question devient alors presque universelle :
D’où viens-tu ?
Et, derrière elle :
Qui es-tu ?
L’impudeur aurait pu être facile
C’est là que le spectacle m’a particulièrement intéressée. Parce que raconter son histoire familiale de cette manière pourrait très facilement devenir impudique.
Nous exposer, un groupe de presque 3000 personnes, des photos de famille, des souvenirs, des non-dits, des blessures…aurait pu transformer les spectateurs en voyeur. Surtout si vous connaissez Marie S’infiltre, elle n’est pas exactement réputée pour passer trois heures à demander poliment la permission avant d’entrer quelque part !
Son premier spectacle s’appelait d’ailleurs Culot. Tout un programme.
Et pourtant, Daisy ne m’a pas donné l’impression d’une femme qui nous impose son intimité.
Au contraire, elle nous y invite…et cette nuance change tout.
L’intimité, ce n’est pas tout montrer
Voilà peut-être ce que Daisy m’a rappelé avec le plus de force.
L’intimité ne consiste pas à tout montrer.
Elle consiste à laisser progressivement quelqu’un entrer. C’est très différent.
Parce que montrer peut être immédiat. L’intimité, elle, se construit. Elle demande un rythme, des repères tant spatiaux que temporels, une invitation…et évidemment, un peu de mystère.
Dans Daisy, Marie Benoliel ne nous jette pas simplement son histoire au visage. Elle construit un chemin et nous entrons petit à petit dans son univers.
Une chanson, puis une voix, puis une image, puis un souvenir. Et soudain, quelque chose se passe.
Nous reconnaissons quelque chose de nous dans une histoire qui n’est pourtant pas la nôtre.
Et c’est probablement là que naît l’intimité.
Se reconnaître dans l’inconnu
Je trouve cette sensation absolument fascinante. Nous sommes près de 3 000 personnes dans une salle.
Des inconnus et pourtant…Pendant un moment, nous partageons quelque chose de très personnel. L’histoire de Marie devient un peu la nôtre. Peut être parce que nous avons vécu la même chose (l’exil) ou alors, une autre histoire qui est l’histoire d’une famille.
Il s’agit peut être d’une grand-mère, d’un oncle, d’un parent, d’une soeur, d’un changement brutal, d’une question que l’on n’a jamais osé poser. Un silence dont on ne sait même plus très bien pourquoi il existe.
Un morceau de notre histoire que nous avons reçu avant même de pouvoir choisir ce que nous voulions en faire.
Et c’est là que Marie réussit quelque chose d’assez vertigineux :
elle crée du familier avec de l’inconnu.
Et le familier…c’est précisément ce qui nous permet de nous sentir en sécurité.
Comme avec son précédent spectacle, Marie nous invite à nous questionner – comme un bon livre ou un bon film peut nous inviter à nous demander :
Et moi, dans cette situation, qu’aurais-je fait ?
Dans Daisy, Marie parle d’elle, de sa famille mais elle parle aussi à chacun-e d’entre nous. Et ça, c’est profondément intime.
Renouer avec notre humanité
Créer de l’intimité avec une personne, c’est déjà une aventure. Créer de l’intimité avec près de 3 000 personnes…chapeau.
Et c’est peut-être là que se trouve la véritable prouesse de Daisy.
Marie ne pose pas la main sur nous. Elle ne nous connaît pas et sait rien de nos histoires personnelles. Et pourtant, elle parvient à créer une sensation de proximité.
Elle nous touche sans nous toucher. Elle nous fait entrer dans son monde sans franchir brutalement la porte du nôtre. Parce qu’au-delà de l’émotion qui est recherchée, elle fait quelque chose de plus grand :
Elle cherche à nous relier.
L’intimité, c’est exactement ça : créer du lien, être présent-e ici et maintenant pour ressentir quelque chose.
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